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UN VOYAGE MUSICAL ET POÉTIQUE
Concert du dimanche 15 février 2026
en l’église Saint-Germain de Soisy-sous-Montmorency.
C’est
un
dimanche
après-midi
maussade
:
vent
et
pluie
encerclent
l’église
Saint-Germain
de
Soisy-sous-
Montmorency.
Mais
à
14
heures,
l’église
est
ouverte,
éclairée
par
les
bons
soins
d’une
chaleureuse
responsable
de
l’équipe
paroissiale.
A
l’intérieur,
les
lumières
brillent,
les
chanteurs
arrivent
à
tour
de
rôle
et
tous
se
préparent.
La
pianiste
Qianqian
Zhang-Gaudin
s’installe
devant
le
clavier,
côté
cour
;
les
deux
jeunes
solistes
prennent
leurs
marques.
Puis
les
choristes
du
Chœur
de
la
Vallée
de
Montmorency
et
ceux
de
l’Ecole
de
Musique
et
de
Danse
de
Bezons
se
mêlent
en
se
plaçant
graduellement
par
pupitres
devant
l’autel.
L’important
pour
chacune
et
chacun,
comme
le
rappelle
avec
humour
Vincent
Bonzom,
c’est
surtout
de
regarder
le
chef
qui
dispensera
départs,
inflexions,
multiples
signaux
invisibles
du
public
auquel
le
chef
tourne
le
dos.
C’est
l’heure
du
raccord,
de
la
remise
en
mémoire
des
nuances,
intonations
et
autres
détails
sur
lesquels
repose
l’équilibre
de
l’ensemble.
Tout
est prêt. Malgré les intempéries à l’extérieur, le public est au rendez-vous, à l’écoute de ce qui a lieu à l’intérieur.
Le
concert
s’ouvre
avec
l’
Ave
Verum
Corpus
de
Mozart
(1756-1791),
motet
achevé
en
1791,
écrit
en
même
temps
que
la
fin
de
La
flûte
enchantée,
six
mois
avant
le
décès
du
compositeur.
D’une
subtile
simplicité,
en
douceur,
le
chant
coule
de
source
en
transportant
les
paroles
qui
placent
sans
emphase
au
centre
du
déroulé
le
rappel
de
l’épreuve de la souffrance et de la mort sacrificielles du Christ.
Remonter
le
temps
à
l’instant
:
c’est
en
abordant
Adoramus
te,
motet
de
Palestrina
(v.1525-1594)
que
le
chœur
poursuit
sa
route,
mettant
en
lumière,
à
travers
un
style
fugué,
cette
strophe
contemplative,
souvent
chantée
pendant
le
rituel
du
Chemin
de
croix.
Le
musicien
et
compositeur
—qui
porte
le
nom
de
la
ville
dont
il
est
issu—,
a
d’abord
vraisemblablement
fait
partie
des
enfants
choristes
de
l’église
locale,
étudiant
la
musique
avant
de
devenir
maitre
de
chapelle
dans
la
cathédrale
de
sa
ville
natale
et
plus
tard
maitre
de
chapelle
en
la
basilique
Saint-Pierre
de
Rome.
Un
premier
recueil
de
ses
messes
en
latin
est
publié,
dans
la
nébuleuse
des
productions
de
l’époque,
précédant
un
premier
livre
de
madrigaux,
avant
que
le
musicien-compositeur,
licencié
ne
retrouve,
au
cours
d’une
période
agitée
et
destructrice,
la
place
de
maitre
de
chapelle
à
Saint-Jean
de
Latran
avant
son
retour
en
la
basilique
de
Sainte-Marie-Majeure.
Son
premier
livre
de
motets
est
alors
publié,
vers
1563.
Palestrina
a
composé environ 650 pièces musicales parmi lesquelles 400 motets.
Comme
focus
intégrant
à
la
fois
un
texte
de
Shakespeare
(1564-1616),
la
musique
de
Roger
Quilter,
compositeur
britannique
(1877-1953)
et
la
voix—basse—
du
jeune
Melwin
Loussouarn,
soliste
à
cet
endroit
du
concert,
résonne
Come
away,
death,
l’un
des
trois
Shakespeare
songs
(1905)
:
la
mélodie
transporte
un
adieu
poignant
au
souffle
de
la
vie
amoureuse,
laquelle
cependant
est
magnifiée
dans
l’expression
paradoxale
d’une
dernière
volonté
liée
à
la
disparition
incluant,
musicalement
parlant,
la
pérennité
de
la
présence.
On
soulignera
ici,
l’intensité
de
l’interprétation de Melwin Loussouarn, pour qui le chant fait visiblement corps avec la vie. Le voyage se poursuit.
Parmi
les
multiples
déclinaisons
de
l’
Ave
Verum
Corpus
(1887)
,
celle
d’Elgar
(1857-1934)
est
incontournable.
Edward
Elgar,
musicien
et
compositeur
britannique,
ne
fait
pas
partie
de
la
cohorte
des
compositeurs
issus
du
sérail
mais
sa
passion
pour
la
musique,
sa
connaissance
concrète
du
violon
et
du
violoncelle,
ainsi
que
le
soutien
de
son
épouse
l’aideront
à
traverser
les
relatifs
déserts
de
la
reconnaissance,
laquelle
entrera
en
vigueur
après
sa
disparition.
Dans
l’intervalle,
il
affirmera
choix
et
créations
musicales
originaux
—redécouverts
assez
récemment
— tout en affirmant une foi génératrice d’émotions liées à une spiritualité personnelle.
Dans
le
sillage,
se
déploie
le
Locus
Iste
(1869)
de
Bruckner
(
1824-1896)
:
chantre
autrichien
d’une
musique
complexe
et
parfois
décriée,
admirateur
de
Wagner,
tôt
reconnu
par
Mahler,
le
compositeur
atteint
de
comptomanie
les
dernières
années
de
sa
vie,
a
vite
adopté
—
et
il
est
loin
d’être
le
seul
—
des
procédés
de
composition
musicale
relevant
d’une
logique
mathématique.
Aux
neuf
symphonies
créées
viennent
s’ajouter
d’autres
compositions
pour
orchestre,
des
cantates
profanes
et
des
œuvres
religieuses.
Le
motet
Locus
Iste
chanté
a
capella
—
et
créé
à
Vienne
pour
l’inauguration
de
la
chapelle
votive
de
la
cathédrale
de
Linz
—
renvoie
à
la
célébration
du
lieu
sacré,
en
appui
sur
un
élan
chromatique
et
sur
la
gravitation
des
voix
autour
du
passage
A
Deo
factus est.
Là
où
l’on
ne
l’attendait
pas,
résonne
le
Frühlingstraum
(1827)
de
Schubert
(
1797-1828)
:
c’est
Melwin
Loussouarn
qui,
de
nouveau,
offre
avec
sensibilité
à
l’assemblée,
le
fameux
lied,
Rêve
de
printemps
écrit
par
le
compositeur
un
an
avant
sa
disparition,
à
l’âge
de
31
ans.
Sur
un
poème
de
Müller,
auteur
des
Winterreise,
ce
onzième
lied
relaie,
strophe
par
strophe,
l’évocation
désenchantée
d’un
univers
onirique
qui
progressivement
se
brise
et
renvoie
à
la
solitude
du
voyageur
malgré
les
apparences
printanières
du
rêve
amoureux
évoqué
simultanément.
Le
chœur,
subtilement
accompagné
par
Qianqian
Zhang-Gaudin
déroule
de
nouveau
le
fil
de
la
musique
sacrée
avec
l’
Ave
Maria
de
Bach
(1685-1750)
et
Gounod
(1818-1893)
dans
une
version
polyphonique
d’Enrique
Igoa.
Ecrit
par
Gounod
en
1853,
l’
Ave
Maria
qui
fut
d’abord
une
improvisation
sur
le
premier
prélude
du
premier
livre
du
Clavecin
bien
tempéré
de
Jean-Sébastien
Bach
»
est
devenu
l’une
des
oeuvres
les
plus
souvent
interprétées
par
de
nombreux
chœurs,
des
chanteuses
et
chanteurs
d’opéra
—
à
commencer
par
Caroline
Miolan-Carvalho
en
1854 — et par des chanteuses et chanteurs contemporains, de Bobby Mac Ferrin à Noa.
Avec
Dona
la
pace,
Signore,
de
Dino
Stella
(1934-2022),
c’est
un
appel
à
la
paix
qui
est
relayé
à
travers
la
belle
supplique
écrite
par
le
compositeur
italien,
lequel,
après
avoir
étudié
au
Conservatoire
Benedetto
Marcello
de
Venise,
a
privilégié
la
composition
d’œuvres
vocales
sacrées,
enseignant
aussi
la
musique
dans
les
écoles
publiques,
promouvant
le
développement
des
chorales
en
Vénétie
et
fondant
en
1999
l’Association
nationale
des
choeurs liturgiques.
Le
temps
de
Noël
est
encore
tout
frais
dans
les
mémoires
et
le
Chœur
reprend
El
Nacimiento,
célébration
vocale
de
la
Nativité
selon
Ariel
Ramirez
(1921-2010),
déjà
donnée
à
Bezons
le
19
décembre
2025.
C’est
en
1963
qu’Ariel
Ramirez,
sur
des
paroles
de
Félix
Luna,
écrit
la
musique
de
Navidad
nuestra,
série
de
villancicos
—
chants
de
Noël
—
dont
fait
partie
El
Nacimiento.
C’est
ainsi
qu’au
cours
du
voyage
soiséen,
la
tendresse
argentine
s’exprime
en
espagnol,
portée
par
le
Chœur
et
par
l’émouvante
voix
du
jeune
ténor
Henry
Luis
Samuel
Zulueta
qui étudie le chant avec Vincent Bonzom en l’Ecole de Musique et de Danse de Bezons.
Si
les
150
ans
de
Carmen
ont
été
célébrés
en
2025,
le
double
clin
d’œil
à
Bizet
et
à
la
Saint-Valentin
trouve
sa
place
au
beau
milieu
du
concert
avec
L’air
de
Ralph,
extrait
de
la
jolie
fille
de
Perth
(1867)
:
dans
cet
opéra,
écrit
à
partir
d’un
roman
historique
homonyme
de
Walter
Scott,
la
jeune
Catherine
est
courtisée
par
trois
soupirants
;
le
jeu
de
masques
et
d’affrontements
amoureux
est
classique
et
c’est
à
Melwin
Loussouarn
que
revient
le
bonheur
de
chanter
avec
une
parfaite
aisance
l’ivresse
—
dans
tous
les
sens
du
terme
—
de
Ralph
l’apprenti
gantier
dans
le
fameux
aria
:
«
Quand
la
flamme
de
l’amour/Brûle
l’âme
nuit
et
jour/
Pour
l’éteindre
/Quelquefois/Sans
me
plaindre / Moi, je bois !/Je ris !/ Je chante !(…) »,
son interprétation déclenchant l’enthousiasme du public.
Après
ce
rendez-vous
du
profane
et
du
sacré,
c’est
Vincent
Bonzom
qui
offre
—
comme
en
juin
2025
à
Bezons—
son
Gantsevere
Deghas,
(2018)
œuvre
pour
violon
et
piano
—
lui-même
interprétant
au
violon,
accompagné
par
Qianqian Zhang-Gaudin, une mélodie aux couleurs nostalgiques d’une Arménie intériorisée.
Une
autre
déclinaison
de
l’
Ave
verum
Corpus,
motet
composé
par
Camille
Saint-Saëns
(1835-1921)
et
faisant
partie
d’un
Oratorio
de
Noël,
enrichit
la
palette
du
jour
:
approche
douce,
changement
graduel
de
tonalité,
crescendo
au
fil
de
l’évocation
du
sacrifice,
avec
pic
d’intensité
quand
est
signifiée
l’épreuve
de
la
mort
avant
la
redescente
pianissimo
correspondant
à
l’
amen,
figurant
l’acceptation
—
autant
de
composants
pour
une
vision
nouvelle du texte initial.
Le
Salve
Regina
(
v.1700)
motet
d’Antonio
Lotti,
maitre
vénitien
(1667-1740)
entraine
le
public
dans
le
sillage
de
la
Mère
universelle,
figure
de
tendresse
et
de
miséricorde
dessinée
à
travers
une
composition
fuguée,
particulièrement subtile et harmonieuse.
Quittant
les
hauteurs
baroques,
le
chœur
se
retrouve
sur
la
route
de
The
Wayfaring
stranger
:
folk
song,
ou
gospel,
ce
chant
(fin
19
ème
siècle)
d’origine
afro-américaine,
interprété
par
de
nombreux
chanteurs
—
parmi
lesquels
Joan
Baez—
met
en
évidence
l’exil
du
voyageur
étranger
à
un
monde
de
misère
et
de
chagrin,
prêt
à
quitter
les
lourdeurs
terrestres
pour
retrouver
les
siens
dans
un
autre
monde.
La
ferveur
des
choristes,
attisée
par
la
direction
de Vincent Bonzom, rejoint l’espace des negro spirituals.
En
reprenant
Signore
delle
cime
(1958)
de
Giuseppe
de
Marzi
—
compositeur,
organiste
et
chef
de
chœur
italien,
né
en
1935—,
déjà
interprété
en
janvier
2025
à
Bezons
et
à
Montmorency
puis
chanté
au
cours
des
hommages
rendus
à
Annick
et
Catherine,
choristes
disparues
en
2025,
le
chœur
a
développé
une
grande
émotion,
en
lien
avec
les
événements
comme
avec
l’intention
du
compositeur
:
en
effet,
Signore
delle
cime,
composé
en
1958
,
Bepi
(surnom
de
Giuseppe)
rend
hommage
à
son
ami,
l’autre
Bepi
—
Bepi
Bertagnoli,
partisan
du
Fuoco
—,
emporté
en
1951
à
28
ans
par
une
avalanche
près
des
sommets
du
haut
Valchiampo.
Depuis
la
disparition
de
l’ami
alpiniste,
la
musique
du
Seigneur
des
cimes,
simple
et
profonde,
rassemble
au
cœur
du
partage
ceux
qui
chantent,
ceux qui écoutent et ceux qui espèrent.
Enfin,
c’est
avec
le
Cantate
Domino
du
compositeur
et
musicien
Karl
Jenkins
(1944-),
«
chant
du
sanctuaire
»
extrait
de
l’album
Motets
(2014),
qu’ont
fusé
les
inoubliables
élans
chromatiques
et
jubilatoires
de
la
célèbre
musique
liée
ici
à
un
texte
de
louange,
célébrant
a
cappella
le
champ
intemporel
de
la
musique
sacrée
et
le
plaisir
de chanter ensemble.
Le
public
ravi
a
offert
aux
chanteurs
et
musiciens
une
«
standing
ovation
»
et
c’est
dans
la
joie
qu’en
rappel
a
résonné
de
nouveau
le
Cantate
Domino.
La
responsable
paroissiale
a
tenu
à
remercier
vivement
celles
et
ceux
qui
ont, par le chant, transformé en lumière la grisaille du jour.
Christine ESCHENBRENNER, le 22 février 2026.
Ecoutez nous